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QUELQUES SALLES DU PAYS DE SAINT-MALO


28 Octobre 2015


Alain CAVALIER :



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 Le Caravage



« J’ai rencontré Bartabas dans un festival et nous avons sympathisé. Puis nous nous sommes revus. Il m’a donné accès à son travail. J’y ai pris goût. Je prenais le métro pour monter à Aubervilliers comme je serais allé faire une cure dans un couvent. Je suivais son travail de moine, répétitif et solitaire, sans penser qu’un film en sortirait. C’était mon exercice cérébral : trouver comment entrer en intimité avec cette énorme machine de 800 kilos et ce type qui cherchait à en faire quelque chose. »
Chaque jour, de bon matin, Bartabas travaille son cheval préféré, Le Caravage… Tous les deux ont une conversation silencieuse où chacun guide l’autre… Atteindront-ils une certaine perfection qui les autorise à se présenter devant un public ?… Traverser les pépins de santé, se remettre de séances ratées, s’affiner, goûter la joie d’un sans faute… Le cinéaste est admis à être témoin de cette intimité… À la longue, c’est la naissance d’un trio où les cœurs sont ensemble. Le spectateur en fera peut-être un quatuor… La nouvelle expérience cinématographique d’Alain Cavalier n’est donc pas, comme son titre pourrait le faire croire, un film sur le grand peintre de la Renaissance italienne. C’est un documentaire sur le cheval de Bartabas, l’écuyer fondateur du spectacle équestre Zingaro, qui a hérité de ce nom : Caravage.

La relation, intense et silencieuse, tout en gestes tendres, prévenants, amoureux, qui lie le dresseur et son cheval, a inspiré à l’auteur de Pater un film quasi-muet où ce bel animal occupe presque tous les plans. Corps massif au repos, à l’aura quasi-divine, ou pure force en mouvements, alternant arabesques au galop et pas d’école aériens, Le Caravage conduit ce filmeur impénitent dont on s’est habitué, depuis la fin des années 1970, à suivre la trajectoire d’inexorable épure, à renouer avec un cinéma des origines en rendant hommage aux expériences pionnières d’Eadweard Muybridge et d’Etienne-Jules Marey.
« Le cheval pose des problèmes de taille, mais aussi de vitesse. Si vous êtes en retard (ou en avance) d’une fraction de seconde, le plan n’est pas bon. Il faut saisir l’élégance musculaire en mouvement. Que la prise soit égale à la beauté du cheval, avec son cul magnifique, ses cuisses magnifiques, la finesse émouvante de ses pattes… jusque dans son œil dans lequel vous pouvez entrer. Il faut des semaines, des mois pour explorer un tel territoire. »

Plus effacé qu’à son habitude, Cavalier ne fait entendre sa voix qu’à deux moments, au début du film quand le cheval l’embrasse d’un grand coup de langue, et à la fin, lorsqu’il vient lécher l’objectif, créant à l’image une émulsion cristalline qui se dissout lentement, comme la trace évanescente du lien créé avec l’animal. Cet effet inopiné, qu’il a choisi de garder au montage, est révélateur de la croyance sans cesse réaffirmée de ce cinéaste dans la magie de son art et dans les moyens – souplesse, capacité d’immersion, don d’invisibilité – que lui confère sa petite caméra pour y accéder. Devenue au fil des ans une excroissance de son bras, elle a fini par rendre instinctif le geste de filmer, et possible, dès lors, l’instauration d’un dialogue cinématographique avec un animal.

(I. Régnier, Le Monde)



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